This project was born when I was asked, as a professional dancer, to write a text about ‘the body of the dancer’ for a psychoanalysis colloquium entitled ‘The body in all its sparkles’.

I asked myself what was at stake in the notion of ‘body of the dancer’, confronting the juxtaposition of these two terms with their own definition. ‘What is a body?’, ‘What is a dancer?’, and what makes their combination as such specific?

Defining both ‘body’ and ‘dancer’ appearing to be an adventure which I didn’t feel like undertaking at the time, I therefore chose to take the term ‘dancer’ as the ‘professional dancer’ and attempted to identify in which extent the body of a dancer is something that should be considered as peculiar, special, different, unique.

I listed adjectives that I could think of to determine this specificity, from my personal experience of dance practice, dance environment and dancers, and I couldn’t help noticing that none of these adjectives was actually purely specific to the body of a dancer. 

One element to be notified was the importance of music, musicality, in dance. There is always music in a dancing body. Always a consideration for, and a use of, durations and rhythms; even when the music is silence, even if the dancer is improvising, a score is always generated, whether it is measured or not, made of speeds, stops, momentums and suspensions. But this is a quality of dance, of any dancing body, not an attribute restricted to ‘dancers’.

The second element that appeared was the myth around which the dancer builds himself. A myth both institutionalized within the dance field and spreading in the outside collective imagination, and which is elaborated through the cult of effort: the myth according to which the shaped, the formed body arises from a necessary labour, a work always harder, always more intense, always « more », a myth that comes with the idea that a body in pain is a body that has done a good work, pain being used as a tool to measure work, and the absence of pain suspiciously testifying of a lack or of the absence of work. This manner of thinking and approaching the movement is therefore centered on the « always-more-doing », bigger, faster, higher, longer, with the idea that under a certain level of energy, « nothing exists », that the pain-matter will be solved by getting used to the pain, that suffering is a necessity to progress on one hand, and a barrier against failure on the other hand. Comfort is banished, ease only acquired. Moreover, Martha Graham, "considered by many to be the 20th century’s most important dancer and the mother of Modern Dance » (biography.com), spoke of two qualities that a dancer gets when at the peak of his/her power: spontaneity and simplicity. But she specified that spontaneity could 'only appear after years and years of training and never by chance', and that 'simplicity, the state of complete simplicity, costs no less than everything'. According to that myth, with the mechanics of productivity (effort/result ratio) and of competitiveness (« to be the best » and/or « to surpass oneself ») as standard bearer, the body of the dancer is for many the paradigm of the current general thought developed through the « doing », and is sacrificed on the way on the altar of success.

Another aspect I could think of, being this time not specific to world of dance but being fundamental and imposing for a dancer, was the body as a body staged, constantly presenting itself in front of an audience, whether it is made of its peers, its professors, its employers or formed by the anonymous mass of spectators watching a performance. There is therefore the importance, not to say the weight, of the presence of the watcher (including the watcher being the dancer himself) intrinsically bound to the condition of the body of a dancer. That calls for all the kind of things that occur when you continually put - submit - yourself under - to - the gaze of the other: judgment and pressure, satisfaction and disappointment; that calls for expectations, expectations of the dancer, expectations of the viewer, expectations fulfilled or not, but always responded to.

The body of the dancer, being the dancer’s body, is a body from which something is always expected, and which is always expecting.

 

From these expectations emerges a movement: between before and after, something happened, something has changed, something has moved.

 

This video is the fruit of the observation of these three elements in our problematic: the importance of music, the use of this dancer’s body, and the movement between what is presented, what is watched, and what is eventually seen.

 

From reflecting on the notion of 'body of the dancer', the field of the discussion got wider. 

This video was made, raising the following questions:

 

How are these expectations fulfilled or not?

How does a dancer satisfy himself in the presentation of his body to the viewer, and how does the viewer satisfy himself watching the dancer satisfying himself?

Why is there a need for to-be-fulfilled expectations,

Where does this need come from,

What is there to be satisfied?

 

What proceeds from the encounter between what is seen and what is presented?

Where does that encounter occur?

Who creates and what is created?

Ce projet est né lorsqu’il m’a été demandé, en tant que danseur professionnel, d’écrire un texte à propos du « corps du danseur » pour un colloque de psychanalyse intitulé « Le corps dans tous ses éclats ». 

Je me suis demandé ce qui était en jeu dans la notion de « corps du danseur », confrontant la juxtaposition de ces deux termes à leur définition propre. « Qu’est-ce qu’un corps? », « Qu’est-ce qu’un danseur? », et qu’est-ce qui rend leur combinaison en tant que telle spécifique? 

Définir à la fois « corps » et « danseur » n’étant pas une aventure que j’avais envie d’entreprendre à ce moment-là, je choisis par conséquent de me concentrer sur le terme de « danseur » comme 

« danseur professionnel », et tentai d’identifier dans quelle mesure le corps d’un danseur devait être considéré comme particulier, spécial, différent, unique. 

Je dressai une liste d’adjectifs qui, d’après moi, pouvaient déterminer cette spécificité, depuis mon expérience de la pratique de la danse, du monde de la danse, et des danseurs, et ne pus m’empêcher de constater qu’aucun de ces adjectifs n’était purement spécifique au danseur. 

Un élément à notifier fut l’importance de la musique, musicalité, dans la danse. Il y a toujours de la musique dans un corps dansant. Toujours une considération et un usage des durées et des rythmes; même quand la musique est silence, même si le danseur improvise, une partition est toujours générée, qu’elle soit ou non mesurée, étant faite de vitesses, d’arrêts, d’élans et de suspensions. Mais ceci est une qualité de la danse, de n’importe quel corps qui danse, et non un attribut des seuls danseurs ». 

Un deuxième élément qui apparut fut celui du mythe autour duquel se construit le danseur, un mythe institutionnalisé à l’intérieur du milieu de la danse et rayonnant dans l’imaginaire extérieur, et élaboré à travers le culte de l’effort: le mythe selon lequel le corps façonné, sculpté, est le fruit d’un nécéssaire labeur, travail toujours plus dur, toujours plus intense, toujours « plus », s’accompagnant de l’idée qu’un corps douloureux est un corps qui a bien travaillé, la douleur se faisant l’échelle de mesure du travail, et l’absence de douleur le témoin suspicieux de manque ou carrément d’absence de travail. Cette manière de penser et d’approcher le mouvement est donc centrée sur le « faire-toujours-plus », plus grand, plus rapide, plus haut, plus longtemps, avec l’idée que sous un certain niveau d’énergie, « rien n’existe », que le problème de la douleur se règle par l’ « habitude », que la souffrance est nécessaire au progrès d’une part, rempart contre l’échec d’autre part. Le confort est banni, l’aisance n’est qu’acquise. D’ailleurs, Martha Graham, « considérée par beaucoup comme la plus importante danseuse du XXème siècle et la mère de la Danse Moderne » (biography.com), parlait des deux qualités d’un danseur au sommet de sa force: la spontanéité et la simplicité. Mais elle précisait que la spontanéité ne pouvait se manifester qu’après des années d’entraînement et jamais par hasard, et que la simplicité, l’état de complète simplicité, « ne coûte pas moins que tout ». Selon ce mythe, avec pour porte-étendard les mécaniques productivistes (rapport effort/résultat) et compétitives (« être le meilleur » et/ou « se dépasser »), le corps du danseur est pour beaucoup le paradigme de la pensée générale actuelle développée au travers du « faire », et est au passage sacrifié sur l’autel du succès. 

Un autre aspect auquel je pus penser comme étant cette fois non pas spécifique au monde de la danse mais bien un trait fondamental et imposant pour le danseur, fut celui du corps mis en scène, se présentant constamment devant un public, que ce public soit fait de ses pairs, ses professeurs, ses employeurs, ou formé par la masse anonyme des spectateurs lors d’une performance. Il y a par conséquent l’importance, pour ne pas dire le poids, de la présence du regardeur (y compris le danseur se regardant lui-même) intrinsèquement liée à la condition du corps d’un danseur. Cela amène tout ce qui peut être provoqué par le fait de se placer – se soumettre – sans discontinu sous le – au – regard de l’autre : jugement et pression, satisfaction et déception ; cela amène des attentes, que l’on remplit ou pas, mais auxquelles on ne peut que répondre. 

Le corps du danseur, en tant que corps du danseur, est un corps dont on attend toujours quelque chose et un corps toujours dans l’attente. 

De ces attentes émerge un mouvement: entre avant et après, quelque chose s’est passé, quelque chose a changé, quelque chose a bougé. 

 

Cette vidéo est donc le fruit de l’observation de ces trois éléments dans le cadre de notre problématique, qui sont l’importance de la musique, l'usage de ce corps de danseur, et ce mouvement entre ce qui est présenté, ce qui est regardé, et ce qui est finalement vu. 

 

De cette réflexion sur « le corps du danseur », le champ de discussion s'est élargi, et l'élaboration de cette vidéo a soulevé les questions suivantes : 

  

Comment les attentes en question sont-elles ou non remplies? 

Comment un danseur se satisfait-il lui-même dans la présentation de son corps au regardeur, et comment le regardeur regardant le danseur se satisfait-il lui-même

Pourquoi y a t-il un besoin d’attentes-à-remplir ?

D’où vient ce besoin ? 

Qu’est-ce qu’il y a à satisfaire? 

Qu’est-ce qui procède de la rencontre entre ce qui est vu et ce qui est présenté ?

Où se passe cette rencontre? 

Qui crée et qu’est-ce qui est créé?

 

 

----------------------------------------------------

Germany: WATCH IT HERE

Le Corps du Danseur (English Version)
Le Corps du Danseur (Version Française)

The body of the dancer is always a speaking body
But who speaks to whom?

It's about expectations

It's about who creates

and what is created

Between the sound, the image and the viewer,
whatever has to happen, happens.

Le corps du danseur est toujours un corps parlant

Mais qui parle à qui?

C'est à propos d'attentes

C'est à propos de qui crée

et de ce qui qui est créé

Entre le son, l'image et le regardeur, 

que ce qui doit se passer, se passe.

Le Corps dans tous ses Éclats

The Body in all its Sparkles

Un projet pour l'ACF - Normandie

http://www.psychanalyse-normandie.fr/spip.php?article548

Le corps du danseur.

Choose any music you want. play it. Feel free to change it. it doesn't matter.

VLADIMIR

DZIOMBA

ARTWORKS